Cœur animal
L'amour qui transcende les espèces
On n'a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n'en a pas.
Alphonse de Lamartine
Je sais, c’est un peu pompeux de commencer un texte avec une citation de Lamartine. Mais cette phrase, elle se prête parfaitement au thème du jour. Par contre, je pose des TW : deuil d’animaux, pensées suicidaires.
J’ai déjà abordé le thème du véganisme et de l’antispécisme dans ma newsletter intitulée : “Vous n’êtes pas vraiment féministe si vous n’êtes pas vegan”. Mais si vous venez de débarquer, ou si vous ne vous souvenez plus, voici un petit refresh avant d’aborder un sujet qui me tient particulièrement à cœur.
Hiérarchie
Voyez-vous, les êtres humains ont une propension phénoménale à tout hiérarchiser. Et lorsqu’il s’agit du vivant, il n’est pas en reste. Il y a d’abord les humains, fondamentalement “supérieurs” (hiérarchie basée sur des critères complètement arbitraires) puis il y a les animaux dits de compagnie, et, enfin, les autres animaux. Étant donnée cette hiérarchie, on accorde le droit aux animaux de compagnie d’être à peu près respectés, considérant leur légitimité à vivre dans de bonnes conditions. Et puis il y a tous les autres, qu’on accepte de voir souffrir parce que ça nous arrange bien.
Mais je l’ai déjà dit et je le répète pour celleux du fond : aucune différence séparant les espèces ne justifie les traitement que l’on fait subir aux uns pendant que l’on chouchoute les autres.
Aujourd’hui je ne vais pas vous parler des animaux non humains qui subissent le plus les horreurs de l’humanité (aka les animaux d’élevage) mais de la deuxième catégorie, celle des animaux à qui on a donné un semblant de respect : les animaux de compagnie. Et vous allez voir que cette notion de hiérarchie entre les espèces va être importante pour la suite.
Aimer un animal…
Culturellement parlant, avoir un animal de compagnie, l’aimer et en prendre soin est à peu près accepté. Après tout, on a toustes des proches qui sont entouré.es de braves bêtes, en majorité chats et chiens, mais aussi lapins, oiseaux ou rongeurs.
On voit très souvent passer de magnifiques histoires, sur les réseaux sociaux, de personnes qui emmènent leurs compagnon.nes aux quatre coins du monde, en van, à la montagne, à la mer, déclenchant ainsi une montagne de likes et de “ohhhhh c’est adorable”.
On peut voir cet homme qui a sauvé son chien d’un incendie, ou celle-là qui l’a emmené faire un dernier tour avant de devoir, avec émotion, l’amener au bout du chemin.
Oui, on s’émeut et on raffole de ce genre d’histoires. Mais savez-vous réellement ce que c’est que d’aimer un.e animal.e ? A quel point ça prend aux tripes? A quel point iel peut vous manquer lorsque vous en êtes séparé ? Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, Lamartine a décidément la cote aujourd’hui. A quel point vous ne pouvez imaginer votre vie sans elle/lui ?
Si vous avez vécu avec un.e animal.e et que vous l’avez aimé.e tendrement alors, oui, vous savez tout ça.
…Mais pas comme un.e humain.e
Alors voilà, votre petite boule de poils partage votre vie, vos habitudes, vos repas et même votre lit parfois. Et vous l’aimez mais… Surtout, faudrait pas trop l’aimer quand même. Ok, on peut accepter le fait de leur donner de l’amour, mais autant qu’à un.e humain.e? Faudrait peut-être pas exagérer!
Et nous voici donc reparti.es sur les routes de la hiérarchisation. Et là on tombe en terre de hiérarchisation des sentiments, basée sur la hiérarchisation de l’espèce. Mais mon problème à moi il est là : pourquoi corréler directement la hiérarchisation des sentiments en fonction de l’espèce ? Qui mieux que les personnes qui vivent et ressentent leurs émotions peuvent dire à quel point elles ressentent? Et pourtant, c’est bien la société qui nous dicte le niveau d’amour que l’on peut accorder aux animaux non humains… Et ce niveau doit systématiquement être inférieur au niveau d’amour que l’on accorde aux humain.es.
J’ai adopté une chatte lorsque j’étais à la fac. Elle s’appelait Yuna (tu le vois mon amour pour les Final Fantasy?). Je disais toujours que c’était l’amour de ma vie, la personne que j’aimais le plus au monde, que je l’aimais comme si elle avait été mon enfant. A cette remarque, on me rétorquait toujours que ce n’était pas possible puisqu’on ne pouvait pas aimer une personne plus que son propre enfant. On m’a dit que je verrais, lorsque j’aurais mes enfants. Et j’ai vu. J’aime ma fille de tout mon être. Et maintenant, je peux vous assurer que je l’aime autant que Yuna. Et oui, je parle au passé parce que malheureusement Yuna est décédée il y a de ça 5 ans et j’ai cru que j’allais mourir quand c’est arrivé. Ce n’est pas une image. Encore aujourd’hui je fais des cauchemars. Encore aujourd’hui, je sais que l’enfer que je traverse sans elle est aussi puissant que celui que j’aurais pu traverser sans mon enfant.
Toujours cette histoire d’ordre établi
Imaginez si, soudainement, les gens puis la société, se mettaient à réaliser que oui, on peut aimer un.e animal.e autant qu’un.e humain.e… Qu’est-ce que ça voudrait dire?
Ça voudrait dire que, depuis le début, on s’est planté.es… Que depuis le début, on regarde les animaux avec le prisme de la supériorité, nous tenant à distance de leur monde, de leur animalité mais aussi de la nôtre.
Non, surtout, il ne faut pas aimer un.e animal.e plus qu’une.e humain.e parce que sinon ça bouleverserait l’ordre établi. Et ça, on sait bien que dans les schémas de domination, c’est pas trop permis. Alors, quand, comme moi, un.e animal.e vient chambouler votre vie, on vous dit que ce n’est pas possible d’aimer autant en dehors de sa propre espèce ou alors que vous n’êtes pas normal.e (qu’est-ce que ça veut dire normal.e, personne ne sait vraiment, mais bon, passons) et que c’est vous le problème. C’est tellement plus simple de renverser la situation. On connait bien le discours, c’est toujours les mêmes mécanismes à l’œuvre.
Parce que si un jour on se permet de penser qu’on peut ressentir de l’amour pour un.e animal.e autant que pour un.e humain.e, ça veut dire qu’il faut de l’empathie pour ça et donc que cet animal ressent, et donc qu’il est sentient et, finalement, c’est considérer que cet.te animal.e n’est plus si éloigné.e de nous. Et alors là, comment pourra-t-on continuer à exploiter l’autre part des animaux, comment pourra-t-on continuer à se justifier si on abolit la frontière entre les animaux humains et les animaux non humains?
Vous avez 3 heures…
De vraies mesures de société
Ne vous inquiétez pas cependant, le spécisme a encore de beaux jours devant lui, malheureusement pour les milliards d’animaux opprimés.
En attendant, je rêve d’un monde où l’on pourrait dire au travail : je dois prendre ma journée, mon animal.e est malade et je dois m’en occuper, sans être moqué.e. Le jour où il s’enfuit, pouvoir exprimer sa peur, sa détresse, son inquiétude. Et puis, surtout, avoir le droit à un congé pour le deuil de son animal.e (bon ok c’est déjà compliqué d’en avoir un pour les humain.es mais bon on a le droit de rêver).
Lorsque j’ai dû faire euthanasier Yuna, je n’ai quasiment rien mangé pendant une semaine (j’ai d’ailleurs perdu 4kg en deux semaines). J’étais comme une zombie au travail. J’éclatais en sanglots en plein milieu de mes développements. Tout le monde me regardait bizarrement. Je n’arrivais pas à avancer, à travailler. Je voulais juste me rouler en boule sous une couette et ne plus jamais sortir de chez moi. Je crois qu’il est temps qu’on reconnaisse, que la société reconnaisse, la douleur que peut amener la perte d’un compagnon ou d’une compagne d’une autre espèce. J’ai traversé quelques deuils dans ma vie, comme tout le monde, et je n’ai jamais eu aussi mal que lorsque j’ai perdu Yuna. Aucune personne, à l’heure actuelle, ne me manque plus qu’elle, même 5 ans après.
L’amour c’est de l’amour
Pour finir, je voulais juste dire que l’amour c’est de l’amour, peu importe où votre cœur décide de le placer. Aimer, ça ne se choisit pas. Aimer, oui, c’est plus fort que tout (oui j’ai osé). J’aimerais juste qu’on puisse vivre ces relations interespèces comme une norme. Il faut que l’on continue à banaliser ces sentiments, qu’on les normalise et qu’on les intègre. Les animaux non humains ne nous sont pas inférieurs et nos sentiments à leur égard ne devraient pas l’être. Aimons-les, de tout notre être, ils font partie de nos vies plus que bien des personnes.
L’amour, c’est de l’amour. Il n’existe aucune frontière qui puisse empêcher l’amour d’exister, même pas la frontière des espèces.
On mange quoi ce mois-ci?
Sans transition, la recette vegan du jour, et je n’en suis pas peu fière puisque je l’ai inventée (à force de faire on maitrise des trucs, c’est assez incroyable). Croyez-le ou non, Tigadou adore cette recette (preuve que c’est bon puisque c’est validé et approuvé par le service qualité de la maison). Et c’est parti donc pour la quiche courgettes et “lardons” (végétaux, vous vous en doutez).
1 Pâte brisée (je la fais maison mais vous pouvez en trouver déjà prête en magasin)
1 paquet de lardons végétaux (je vous conseille la marque La vie)
1 oignon
1 courgette
1 bloc de tofu fumé (et là je conseille la marque Taifun, dispo en magasin bio)
3 yaourts de soja nature
4 CS de fécule de maïs
1 CS de purée d’amandes (optionnel)
Sel au goût
Préparez l’appareil à quiche : mixez le bloc de tofu fumé avec les yaourts de soja, la fécule de maïs et la purée d’amandes. Réservez. Epluchez et râpez la courgette puis faites revenir à la poêle l’oignon et les lardons végétaux dans de l’huile. Ajoutez la courgette râpée et les lardons à l’appareil pour la quiche. Mélangez bien. Ajoutez du sel si besoin. Répartissez la préparation sur la pâte puis enfournez au four à 180 degrés entre 30 et 40 minutes. Vous pouvez finaliser la quiche en ajoutant du fauxmage ou des graines de sésame par exemple sur le dessus de la préparation, avant de la faire cuire.
Enjoy!







